Extrait de « Moteur n° 127 » la lettre de Inter Environnement Wallonie du 15 décembre 2003

www.iewonline.be

NIMBY. Not in my back-yard. Pas dans mon jardin (mais dans celui du voisin, ça ne me dérange pas trop...). L’attitude dénoncée par ces cinq petites lettres, révélatrice d’un manque de civisme, n’est que l’expression d’un sentiment bien humain. Il est en effet assez commun d’éprouver du soulagement lorsque le malheur Frappe à côté (ouf!. c’est pas pour ma pomme!). Le « nimbyisme », cependant, n’est pas exempt de contradictions lorsqu’il consiste à refuser les nuisances induites par une activité ou un équipement (voie Ferrée, usine, ...) dont on accepte par ailleurs les aspects positifs. Ceci est largement exploité par les promoteurs de tout poil, prompts à étiqueter de l’infamant néologisme toute mobilisation citoyenne faisant barrage à leurs projets. C’est oublier un peu vite que la mobilisation face à des nuisances existantes ou à venir (incinérateur, infras-tructure routière, aéroport...) est bien souvent la « porte d’entrée » pour s’éveiller à la globalité des enjeux. En effet, les associations de riverains développent souvent une très bonne expertise des problèmes environnementaux, préalable nécessaire à l’application du slogan « penser globalement, agir localement ». La dénonciation des attitudes nimby devient, dans les mains des promoteurs et responsables politiques, une arme de destruction de la mobilisation citoyenne. Mais ceux qui l’utilisent ainsi - dès qu’un citoyen a l’outrecuidance de manifester son mécontentement - sonr les premiers touchés par le phénomène. Certains po-liticiens en refusant de prendre des risques électoraux (report de la mise en place de mesures jugées impopulaires), le « pas dans mon jardin » devenant alors « pas durant mon mandat ». Certains industriels en refusant de mettre en place des mesures de réduction des nuisances certes coûteuses mais combien nécessaires (ne fût-ce que par respect pour les générations à venir), versant ainsi dans le « pas dans mon usine ». Condamner le NIMBY pur et dur est nécessaire, mais osons aller plus loin et appliquer le NOPE (not on planet earth – pas sur la terre).

Réflexion entendue au cours d’un colloque consacré aux nuisances sonores: « Mais ils scient la branche sur laquelle ils sont assis! ». Ceci en référence aux plaintes déposées par les riverains de l’aéroport de Bierset, plaintes qui seraient responsables d’un délai supplémentaire dans la mise en place effective des mesures d’insonorisation des habitations. Petite analyse.. Le développement explosif d’un aéroport peut susciter deux types de réactions. La première: l’acceptation de ce développement, l’acceptation de voir sa maison transformée en boîte bien étanche et d’y vivre enfermé. Cette première voie est celle du repli sur soi. Elle mise sur la technique (isolation acoustique) pour se préserver des débordements de la technique (transport aérien). La deuxième réaction possible est la remise en cause du développement des activités aériennes. Le refus de se voir contraint de vivre dans un environnement sonore dépassant de loin les normes fixées par l’OMS. Le combat courageux pour s’opposer aux décisions des autorités. Cette voie est celle de la démarche citoyenne, de la solidarité entre riverains. Elle conduit ceux qui s’y engagent à la prise de conscience du fait que les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien sont la manifestation de problèmes plus globaux, dont les enjeux sont planétaires. Cette voie permet ainsi l’émergence d’une forme de contre-pouvoir, qui permet de tempérer l’ardeur de certains décideurs politiques, trop enclins à investir les deniers publics dans des projets nuisibles pour des di-zaines de milliers de riverains et pour l’environnement. Loin de scier la branche, les associations de riverains sont donc occupées à tenter d’empêcher les autorités de couper le tronc! ;