
Awans, le 28 décembre 2000
Lettre ouverte au Ministre Serge KUBLA
Ministre de l’Economie, des P.M.E., du Commerce extérieur et du Tourisme de la Région Wallonne
Monsieur le Ministre,
En cette fin 2000, pour les riverains de LIEGE AIRPORT qui souffrent depuis bientôt trois ans de pollutions sonores nocturnes intolérables pour leurs santés, il paraît qu'il est toujours beaucoup trop tôt pour pouvoir fêter la délivrance de ce fléau.
Et, comme si cela n'était pas encore suffisant, il faut bien aussi constater que les auteurs de cette détresse ne manquent pas de se moquer de leurs victimes en bien des occasions. Des déclarations de personnes politiques et de leurs avocats ne manquent certes pas pour illustrer notre propos.
DES EXEMPLES
Elle a été niée par le Ministre responsable, la SAB, BELGOCONTROL, ATECH, SERINFO et leurs avocats jusqu'au début de la dernière semaine des plaidoiries de ce mois au Tribunal de 1ère Instance de LIEGE! Et pourtant, elle est de plusieurs kilomètres après les décollages...
Les responsables précités ne veulent pas non plus aborder cette question. Par exemple, M. ALLOO de BELGOCONTROL refuse de commenter les trajectoires des décollages plus de 3 kilomètres au-delà du bout de piste... Chacun sait pourtant qu'à ce moment les avions hushkittés (les plus bruyants) ne respectent plus le gradient de montée imposé, polluant ainsi plus loin et plus longtemps.
- Début 2000, les riverains de VERLAINE constatent une déviation des trajectoires de quelques degrés vers le NORD.
- En février 2000, SERINFO dément à NET SKY toute déviation nouvelle.
- En mars 2000, M. HAMBYE, directeur de SERINFO, déclare au Président de NET SKY une déviation de 4°vers le nord depuis début 2000.
- En décembre 2000, Me GUERENNE, avocat de la SAB nie tout changement de trajectoire en 2000.
- Quelques jours plus tard et à NET SKY, SERINFO reconnaît cette déviation à partir de début 1998...
- Au tribunal, début de ce mois, ATECH déclare avoir depuis mars 2000, orienté de quelques degrés plus au Nord la zone de pollutions sonores lors des décollages...
Question: Où est la vérité et où sont les menteurs?
Si des sonomètres sont placés aux alentours de l'aéroport, ils devraient permettre de contrôler la corrélation entre la pollution sonore calculée théoriquement et le bruit réel des avions afin soit de sanctionner les fautifs, soit d'adapter les limites des zones de pollutions.
Dans ces conditions, pourquoi ne veut-on pas communiquer les niveaux de bruits enregistrés par ces équipements.
Me RAMQUET, avocat de la SAB, s'est demandé sans aucune honte au tribunal début décembre pourquoi les riverains de l'aéroport de BIERSET n'avaient pas récriminé du temps où cet aérodrome connaissait jour et nuit nombre de vols militaires autrement bruyants que les avions civils.
Il aurait été plus correct de sa part de confesser que lors de l'utilisation de BIERSET par les escadrilles militaires, il n'y avait jamais par an que quelque deux semaines de vols nocturnes terminés toujours pour 23h00, et ce, à l'occasion de tests opérationnels annuels.
Lors des plaidoiries au tribunal en décembre dernier, les avocats des parties opposées aux riverains n'ont pas manqué de souligner
que seuls quelque 600 riverains estent sur un total de 35.000 voisins de l'aéroport de BIERSET et que partant le pourcentage de mécontents est donc plus que restreint!
Faut-il rappeler à ces avocats que, d'une part, bien des riverains hésitent avant d'engager des procédures judiciaires coûteuses qui dépassent ou hypothèquent leurs moyens d'existence et que, d'autre part, pareille observation est plus qu'outrecuidante dans la bouche d'avoués payés par l'impôt des victimes.
Par ailleurs, les mêmes avoués ont souligné le peu de réclamations adressées à SERINFO, omettant de reconnaître que ces démarches ne menaient pratiquement jamais à rien de concret.
L'an dernier un groupe d'universitaires a étudié le développement économique de BIERSET et son extension sur le terrain. C'est grâce à un heureux hasard qu'assez tard les riverains ont pu prendre connaissance de ce document qui les concernait pourtant au plus haut point.
Ce même groupe LEPUR a mené une enquête approfondie sur le problème environnemental de BIERSET. Quand sera-il porté à la connaissance des riverains concernés?
Lors de la procédure judiciaire de ce mois, la Présidente du Tribunal de 1ère Instance de LIEGE n'a pas manqué de souligner le pouvoir léonin de la Région en ce qui concerne le prix offert pour l'achat de maisons en zone A. On a cité le cas d'un logement à Saint-GEORGES où la Région n'accepte pas de payer le prix accepté par le collège de notaires concernés dont celui représentant les intérêts de la Région. Motif connu de tous: le militantisme politique du propriétaire.
Par contre, la Région a payé au moins huit millions (question parlementaire du 18/10/2000) une habitation située en zone d'extension économique de BIERSET qui n'en valait qu'au maximum six (prix du terrain et frais de construction), ce marché honteux étant conclu en quelques heures à NAMUR (Gouvernement Wallon), avec des deniers publics et permettant de stopper une procédure devant la Cour d'Arbitrage que le Gouvernement de la Région wallonne avait toutes les chances de perdre.
Le gouvernement et ses conseillers techniques (ATECH, CEDIA,...) disent suivre une ligne de conduite scientifique (expert BRADLEY de réputation internationale) pour déterminer les degrés de pollutions sonores des environs de l'aéroport.
Suivant BRADLEY, une zone est inhabitable quand le niveau de bruit équivalent sur 24h (exprimé en LDN) est égal ou supérieur à 66 décibels (dB(A)), ce qui pour BIERSET correspond à quelque 3.000 logements à vider. Dont coût: 15 milliards, prix de l'impéritie des politiques irréfléchis décideurs!
Du coup, le Ministre KUBLA décide de porter la limite de bruit intolérable à 70 décibels, ce qu'il reprochait au Ministre LEBRUN en avril 1999 et ce qui ramène le nombre de maisons à vider à 1.000, soit une économie malhonnête de 10 milliards.
Passons sur la remarque ridicule de Me GUERENNE qui a osé se moquer du monde en prétendant que M. BRADLEY avait fixé une limite d'habitabilité à 66 décibels parce que canadien, pays où il y a des maisons en bois!!!
Mais soulignons le manque d'honnêteté du Gouvernement Wallon qui ose sacrifier des santés uniquement par le fait de l'arbitraire du Prince, sachant sans doute aussi qu'on ne peut isoler acoustiquement un logement sans risque médical quand le bruit extérieur est trop important. Vivre dans un fortin hermétique est hautement néfaste pour la santé!
Par ailleurs, la Communauté européenne prépare une directive définissant la zone inhabitable autour d'un aéroport à LDN = 65 dB(A), d'où risque pour la Région de devoir bientôt exproprier des logements ayant déjà coûté pour leurs isolations.
Début 1999 et au Comité de Concertation, les riverains ont entendu M. PARTOUNE, Directeur de la SAB, à ce sujet. Nous savons que l'on a maquillé la vérité lors de cet exposé et avons demandé un blâme pour le responsable.
Conclusion: ce fut la fin du Comité de Concertation!
Il y a vols de nuits pour des motifs strictement de rentabilité supplémentaire pour les opérateurs.
En synthèse:
- les couloirs aériens sont plus libres, ce qui fait gagner du temps de vols, du carburant, etc.
- il y a moins d'heures de présence à payer aux ouvriers à temps partiels que si on atterrissait en fin de soirée et décollait en début de matinée.
...Et on a l'outrecuidance de prétendre que ce sont les riverains qui ne pensent qu'à faire du fric alors qu'ils vivent un véritable cauchemar qui hypothèque santé, études des enfants, etc.
A côté de l'aéroport, se trouve un zoning industriel. Les défenseurs des opérateurs nocturnes font avec malice un amalgame des deux, alors qu'ils sont pratiquement indépendants et que la fin des vols nocturnes serait pratiquement sans effet sur les firmes du zoning.
L'extension de l'aéroport et de ses dépendances va nécessiter des modifications des Plans de Secteurs.
A quoi peut rimer une enquête publique à ce sujet quand les décisions semblent déjà prises?
Dans le cadre des Directives Européennes en ce qui concerne le problème de la vache folle et la destruction des farines animales, ce qui est très coûteux, le Gouvernement Wallon déclare:
- que s'il y a risque pour la santé des consommateurs, c'est dû à un manque de précaution de la CE et que partant c'est celle-ci qui doit faire face aux frais entraînés par cette crise,
- qu'il y a lieu d'appliquer le principe du pollueur-payeur.
Et dans le cas des frais dus aux pollutions de BIERSET, n'est-ce pas le Gouvernement de la Région Wallonne qui a manqué de précaution (ce que ses avocats ont pourtant nié lors de leurs plaidoiries début de ce mois) et n'y a-t-il pas lieu également d'appliquer le principe du pollueur-payeur ?
Voici, Monsieur le Ministre un rapide tour d'horizon de la maltraitance toujours infligée aux riverains de LIEGE AIRPORT. Quand, suite aux pollutions, on devient malade et déprimé, quand nos enfants décrochent dans leurs études par manque de sommeil, quand des personnes perdent leurs emplois par fatigue excessive, perte de concentration, etc., quand en outre, on constate que des responsables nous mentent ou se moquent carrément de nous, les victimes, quand le Pouvoir politique en est toujours pratiquement au stade de promesses qui ne se traduisent pas en réalités, on est en droit de se demander où est encore le souci du bien public dans les sphères politiques.
Demain, la tradition voudra qu'on échange des bons vœux à l'occasion du début d'un nouveau millénaire. Souhaitons qu'il soit enfin porté remède au massacre des milliers de riverains de BIERSET!
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée
Colonel e.r. Pierre LEONARD
Administrateur de l’ASBL Net Sky