Edition du 20/03/99 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles


Les documents de José Happart étaient des faux


Le député européen socialiste avait reçu ses informations d'un escroc arrêté jeudi par la juge Ancia. Happart prétend avoir été abusé.


Un nouveau rebondissement est venu émailler, vendredi, le dossier relatif à l'assassinat d'André Cools. Suite à plusieurs perquisitions effectuées dans des entreprises, la juge d'instruction Véronique Ancia a arrêté Horst Hermann, déjà condamné en Allemagne, en 1992, pour des faits de blanchiment d'argent au sein de la société Jeux et Loisirs.

En 1997, cet escroc belge de 39 ans, originaire de Saint-Vith, avait remis des documents au «hérisson fouronnais» moyennant son soutien pour un investissement en Wallonie. Ces fameux documents que José Happart avaient remis à grand bruit à la justice, en novembre 1997, étaient censés démontrer que la mort d'André Cools avait un mobile financier; une thèse défendue bec et ongles par José Happart. Les enquêteurs de la cellule Cools viennent de démontrer que tous les documents transmis par l'eurodéputé sont des faux. Depuis jeudi, le prétendu investisseur est incarcéré à la prison de Lantin, inculpé de faux et usage de faux. Le parquet de Liège a encore précisé que deux autres dossiers ont été ouverts à son encontre pour émission de chèques sans provision et escroquerie.

Cet homme est venu de nulle part et m'a accosté dans un restaurant que je fréquente, a expliqué José Happart, vendredi. Il m'a dit qu'il représentait un groupe d'investisseurs qui voulait créer de l'emploi en Wallonie. D'un naturel méfiant, je baisse pourtant ma garde dès que l'on me parle de création d'emploi en région wallonne...

Les rencontres vont ensuite se succéder entre les deux hommes. Elles se feront souvent avec des connaissances du Fouronnais. Après plusieurs mois, Hermann m'a dit que ma thèse sur l'assassinat d'André Cools était la bonne, poursuit José Happart. Il disait détenir des preuves que le «maître de Flémalle» avait établi une correspondance avec des groupes financiers internationaux coupables de blanchiment d'argent et m'a fourni son dossier au compte - goutte. Il a été ma seule source mais disait avoir obtenu ses informations de plusieurs personnes. J'ai pensé que d'autres que moi voulaient la vérité.

José Happart dit avoir examiné scrupuleusement les documents avec l'aide de gens dont c'est le métier. Certains documents me paraissaient faux mais je ne voyais pas pourquoi des gens auraient fait cela juste pour étayer ma thèse. J'ai même fait agrandir deux signatures de Cools qui se trouvaient en bas de deux lettres et je n'ai rien remarqué. Alors que le seul investissement opéré par Hermann s'est soldé par une faillite, Happart martèle qu'enquêter n'est pas son rôle.

Le parlementaire européen ouvre également sa comptabilité aux enquêteurs pour leur prouver qu'il n'a pas déboursé le moindre centime dans cette affaire. Je lève moi-même mon immunité diplomatique s'il le faut. Quant au fait que Richard Taxquet, secrétaire particulier d'André Cools, ait été libéré via une allusion à ces documents, Happart espère que les magistrats n'ont pas libéré quelqu'un dont ils avaient la preuve de la culpabilité. Mais je suis convaincu que jamais on ne trouvera les commanditaires de l'assassinat!

FREDERIC DELEPIERRE

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